Collectif Accordeon Diatonique de Bretagne

 

 

 

 

Stormy et mon accordéon

Yann Soufflet

 

 

 

 

 

La construction de "Texas Rose"

Salut tatousse, je suis de retour aux États-Unis après quelques années à parcourir le monde toujours à la recherche des origines de l’accordéon.
Cette recherche m’a même conduit en Chine méridionale dans la province du Yunnan chez les Miao qui utilisent toujours le lusheng… Mais c’est une autre histoire…

Comme je passais à Austin (Texas) à la fin du mois de janvier, il y avait quelque chose que je ne pouvais pas manquer : le “roundup” ( leroundup chez les cow-boys c’est le rassemblement du troupeau) des accordéonistes au “Broken Stoke”. Si vous voyagez du côté d’Austin, ne manquez pas la soirée du dernier mardi de chaque mois, vous y rencontrerez les meilleurs accordéonistes de la région dans ce bar surprenant et vous passerez un sacré bon moment à jouer de l’accordéon
et à chanter devant une bonne bière !!!
Donc le 28 janvier j’étais tranquillement installé (dans la chaise qu’utilisait Willie Nelson quand il venait boire un coup à Austin…) devant une “Lone Star”, (la bière du Texas) et une assiette de fajitas, en train de discuter avec Sam Gentry quand il m’a dit que Kay Hickman allait passer dans la soirée pour présenter le nouvel accordéon qu’elle venait de recevoir d’Australie et jouer quelques morceaux avec son compère de musique de rue Pete Nalda… La soirée se passa bien et à la fin de la session j’ai attrapé Kay pour lui demander pourquoi, grand Dieu, avait-elle eu l’idée de se faire construire un accordéon en Australie ?

Kay, quelle sorte de musique jouez-vous ?

Je fais de la musique traditionnelle dans les rues d’Austin, avec un compère qui joue de l’accordéon à touches piano. Nous jouons des airs bretons, français, scandinaves, russes, ukrainiens et québécois. Nous sommes des musiciens de rue, des “buskers” comme on dit ici. Nous ne gagnons pas grand chose en faisant ça mais nous avons du bon temps et nous partageons notre amour de la musique avec les Texans de cette façon-là. J’ai plusieurs accordéons 2 rangées 8 basses dans différentes tonalités, mais une des tonalités dont je ne disposais pas était Sib/Mib or j’ai un ami norvégien (Jarle Fjeldheim pour les amateurs de musique scandinave) qui joue dans cette tonalité et j’adore écouter ce qu’il joue dans cette tonalité, c’est vraiment agréable à mon oreille.
Dieu sait que je n’avais pas “besoin” d’un autre accordéon, mais j’avais économisé l’argent gagné dans la rue pour partir en voyage et, ma foi, j’avais un peu de fric à la banque quand j’ai entendu parler pour la première fois de Stormy Hyde et de ses belles boîtes à punaises.

Comment avez-vous entendu parler de Peter “Stormy” Hyde et de ses accordéons ?

Un de mes amis qui était allé en Australie était passé le voir et m’avait ramené un t-shirt avec la photo de l’un de ses accordéons dessus. Puis il m’avait envoyé la photo de l’un des accordéons que Stormy venait juste de terminer pour quelqu’un. Il avait compris que, si je le lui demandais, Stormy m’enverrait un CD de quelques airs joués sur ses accordéons et aussi un CD d’images montrant sa gamme d’instruments et les différents bois qu’il utilise pour construire ses accordéons.
Comme il a aussi un site web*, j’ai pris mon courage à deux mains et lui ai demandé par mail s’il pouvait m’envoyer ces CDs puisque j’étais intéressée par ses accordéons.
À peu près une semaine plus tard les CDs sont arrivés dans ma boîte aux lettres et, c’est très excitée que j’ai pris une bière pour monter dans ma chambre découvrir tout cela sur mon ordinateur portable…
Il y avait tellement de variétés de bois à choisir, tellement de coquillages pour les boutons et tellement de modèles différents ! De surcroît je savais que si je ne trouvais pas mon bonheur je pourrais lui demander d’essayer quelque chose de différent. Il avait aussi joint un tarif, une carte postale avec la photo d’un de ses modèles et un prospectus qui en disait plus long sur lui.

Donc vous étiez bien accrochée ! Comment se sont poursuivies les négociations ?

J’ai envoyé un mail à Stormy pour lui demander combien me coûterait un 2 rangées (12+11) 12 basses. Il m’a donné le prix en dollars australiens – aussi j’ai dû trouver un site web pour me traduire çà en dollars US – en fin de compte ça ne faisait qu’un peu plus de la moitié du montant
annoncé. Pas mal, ai-je pensé. J’avais déjà 2 Castagnari Tommy (un Sol/Do et un La/Ré) et le prix était tout à fait comparable. Je voulais une voix de moins à droite et pas de registre, mais plus de boutons à droite et plus de basses. J’étais stupéfaite de constater que le coût d’un accordéon entièrement fait à la main et sur mesures serait le même que pour mes Castagnaris.

Comment vous êtes-vous débrouillés, Stormy et vous, pour gérer la conception d’un accordéon par Internet ?

J’ai donc envoyé un mail à Stormy lui disant que je voulais vraiment qu’il me fasse un accordéon, à cette époque je lui ai demandé des précisions sur les différents bois car je n’avais pas la moindre idée du style d’accordéon que je voulais, de ce à quoi il allait ressembler !
Au début je penchais plutôt pour des bois clairs, j’avais des tas de questions auxquelles il répondait toujours gentiment. De plus j’adorais les boutons en vraie nacre, je savais que j’aurais des boutons de nacre. Il y en avait tant de sortes différentes. En y repensant je suis sûre qu’il a bien fallu deux mois pour que je me décide sur tout.
Finalement Stormy m’envoya des images d’un bois dont il venait de disposer qui s’appelait de l’Acajou rose et ça me fit craquer, aussi je décidais que ce bois là serait le plus important dans la caisse. Il a aussi utilisé deux autres bois, du Padouk pour le contraste et du Myrte de Tasmanie pour les plaques droite et gauche. Je lui expliquais aussi que je désirais un bouton de soupape à enfoncer et non pas un bout de plastique à cent sous que l’on pousse vers le bas comme sur un Hohner. Il me répondit qu’il faisait toutes ses soupapes comme ça, avec un bouton que l’on enfonce.
Je voulais aussi que les boutons soient plus proches, comme sur un Tommy, aussi je mesurais la distance entre les boutons de mes Castagnaris pour lui donner l’information. Je voulais aussi un clavier en escalier et je mesurais cela aussi pour être sûre d’obtenir quelque chose de proche de ce à quoi j’étais habituée. Je lui expliquais bien ce à quoi devait ressembler mon clavier.

Après quoi il a commencé tout de suite à travailler ? Ou avez-vous dû verser une avance ?

Avec toutes ces informations il en avait planifié la construction dans une petite série d’autres accordéons, c’est sa façon de procéder, par petits lots. Transférer l’argent vers son compte a posé quand même un problème car les pauvres employés de ma banque n’avaient aucune idée de la façon de faire un virement international, finalement ils ont trouvé une solution et mon argent est passé de mon compte sur le sien. Je payais alors la totalité car je ne voulais pas repayer les frais de
transfert fixes de $35 (pareil en €) – certains payent Stormy par versements suivant l’avancement des travaux, mais j’avais compris que j’économiserai en payant tout d’un coup.

Je suppose que le travail a alors avancé rapidement…

À chaque fois qu’il passait une étape importante, il m’envoyait des photos par mail afin que je puisse voir comment ça avançait. Pendant ce temps-là j’enregistrais un mini-disc et lui envoyais quelques photos pour qu’il sache ce que je jouais et à quoi je ressemblais de sorte qu’il pense à moi quand il travaillerait sur cet accordéon.
C’était très excitant pour moi à chaque fois que je recevais une photo de mon accordéon.

Je vois que ce sont de vrais boutons de nacre, pouvez-vous nous en dire plus ?

Quand il m’a demandé quel coquillage utiliser, je lui ai dit de prendre ce qui allait le mieux avec la caisse et que je lui faisais entièrement confiance. Il a donc utilisé des coquilles de “paua rose” une espèce d’ormeau local.
Au début je voulais aussi un registre côté gauche pour effacer les tierces et Stormy avait pensé que c’était possible aussi quand il s’est rendu compte que ça ne tiendrait pas dans une caisse si petite (240x140 mm), il m’a envoyé un mail pour me prévenir et me proposer de recommencer à zéro en partant sur la base d’une caisse un petit peu plus grande.
À ce moment là je pensais déjà à cet accordéon comme étant mon accordéon, je lui répondis donc : « Tant pis pour le registre, je veux cet accordéon. »

La décoration est somptueuse, comment avez-vous eu l’idée de la rose ?

Un jour j’ai reçu un mail me demandant ce que je voulais en déco extérieure, quel emblème personnel ? Il me ferait ça en argent. J’y pensais et repensais mais restais sèche, pas d’idées. Je m’en ouvris alors à Roger Poitevin qui me suggéra une rose et fut même assez gentil pour m’en proposer un dessin. Je fus convaincue que c’était une excellente idée. Je voulais un accordéon très féminin et très mignon.
J’envoyais donc cette image à Stormy qui fit une très jolie rose fixée sur la caisse droite. Je lui demandais par là-même de rajouter mes initiales sur la plaque droite.

Sib/Mib, ce n’est pas vraiment une tonalité très commune, il a trouvé les anches facilement ?

Stormy n’avait bien sûr pas d’anches en Sib/Mib en stock, il a donc dû les commander chez son facteur italien. Il n’utilise que des anches “a mano” et il me prévint aussitôt qu’elles arrivèrent. Il me donna aussi le choix du soufflet que je choisis rouge car c’était ce qui allait le mieux avec l’aspect général de l’instrument.

Dites-nous en un peu plus sur l’accordage et les derniers réglages ?

Quand il a eu fini, il m’a prévenue que c’était fait et qu’il allait demander à quelques amis de l’essayer, qu’il enregistrerait tout ça pour que je puisse juger de l’accordage puisque l’on en avait déjà parlé. Au départ je voulais un gros trémolo mais en y repensant un peu plus je me décidais pour un demi- swing.
Il organisa une petite réunion chez lui et des copains essayèrent mon accordéon, même une dame qui passait par-là l’essaya et tout le monde donna son avis, il en grava deux CDs, puis il reprit note par note main droite main gauche en expliquant ce qu’il faisait au niveau de l’accordage. Puis il m’envoya les CDs.
Je les reçus la veille de Noël. Quel merveilleux cadeau ! Je les écoutais et réécoutais encore et encore pendant des journées. Puis je lui envoyais un mail lui demandant de ne rien changer, c’était parfait comme ça. Il me répondit qu’il l’enverrait quelques jours plus tard. Il revérifia tous les réglages et les accordages plusieurs fois pour que le son soit parfait.

Y a-t-il eu des problèmes de transport ? Il devait quand même traverser un océan et un continent et demi…

L’accordéon fut donc expédié, et l’attente très excitante. Il arriva finalement ici très rapidement. J’étais très énervée à l’idée de ramener cet accordéon de la poste à la maison. Je l’appris la veille du jour de son arrivée à la maison, puisque le temps de récupérer l’avis dans la boîte aux lettres en rentrant du boulot, la poste était fermée. Je ne pensais qu’à cela toute la nuit, j’espérais surtout qu’il n’avait pas souffert du voyage.
Il avait mis une mallette et une housse sac à dos, les bretelles m’avaient été envoyées séparément et étaient déjà arrivées.

Comment s’est passée la première rencontre avec cet accordéon ?

Mon visage s’éclaira d’un grand sourire au premier regard. C’était bien mieux que de ramener un nouveau-né à la maison ! Il était splendide ! Le son était si beau, j’en étais stupéfaite. Il a un son bien plus agréable que mes Castagnaris. Il n’est pas aussi puissant, mais le son est adorable. La mécanique des boutons est très rapide. Stormy fait ses sommiers d’une façon bien particulière ce qui fait que les anches répondent très vite.
J’étais, et je suis toujours en admiration devant cet accordéon. Il m’arrivait parfois de me mélanger les doigts sur certains passages rapides avec mes autres accordéons, mais avec celui-ci, je ne me plante plus. Je pense que mes doigts étaient peut-être un peu trop rapides pour les autres claviers, celui-ci répond vraiment très bien.
Il pèse moins qu’un Tommy, et fait à peu près la même taille, mais il a tous ces boutons en plus. Je ne pouvais plus quitter une pièce et ne plus le voir. Je ne voulais plus sortir ! Tout ce que je voulais c’était rester à la maison pour en jouer pendant au moins deux semaines.
Ensuite je l’ai montré à mes amis, ils étaient eux aussi en admiration.
Mon compère musicien de rue m’affirme qu’il correspond à ma personnalité. Il est lui aussi très impressionné par la nervosité et la légèreté du clavier.


En fin de compte, que pensez-vous des accordéons de Stormy et en feriez-vous éventuellement construire un autre ?

J’aime beaucoup cet accordéon, le modèle a été baptisé “Texas Rose” puisque c’était un nouveau modèle que Stormy n’avait jamais fait auparavant. Même l’accordage était différent de ce qu’il avait déjà fait pour qui que ce soit.
La conception de ce bel accordéon, juste pour moi, a été une expérience formidable, que j’espère pouvoir renouveler aussitôt que j’aurai économisé assez d’argent avec la musique de rue.
J’ai la plus haute considération et le plus grand respect pour Stormy Hyde et le don merveilleux qu’il a de faire de si beaux accordéons.

Merci Kay de vous être prêtée de si bonne grâce à cet entretien et merci aussi pour les photos de la construction de l’accordéon… J’espère que nous aurons bientôt la chance de vous rencontrer avec “Texas Rose” en France !!!

Pour en savoir plus sur Peter “Stormy” Hyde vous pouvez lire son
interview en anglais sur Accordions.com
http://www.accordions.com/interviews/hyde.shtml

Il a aussi été interviewé par le journal hollandais “Diatonisch
Nieuwsblad” dans le numéro 66 de septembre 2002.
Bien sûr il reste aussi son site web :
http://members.tripod.com/~celtfest/Hyde/index.html