Collectif Accordeon Diatonique de Bretagne

 

 

 

 

Voyage en Mâtinique

Daniel Le Prince

 

 

 

 

 

Je viens de passer 15 jours à la Martinique, et je m'étais dit, avant de partir, qu'il devait bien y avoir là-bas quelques bouézous, et que j'aurais peut-être la chance d'en rencontrer un ou deux...
Aussi, dès mon arrivée, j'ai commencé à regarder et à poser quelques questions; mais, rien. Netra tout !

Puis, un jour, vers la fin de la première semaine, je vois, sur un panneau d'affichage, "concours d'accordéon diatonique à St Esprit, (une bourgade du centre de l'île) le samedi 22 décembre"

Damned ! Je serai déjà reparti vers les brumes bretonnes... Mais, si concours il y a, diatonistes il y a, et organisateurs aussi. J'ai donc pris contact avec l'office du tourisme de St- Esprit. En fait, l'organisatrice du concours était l'une des hôtesses de l'accueil du susdit office ! On s'est donc mis à discuter, et elle m'a donné les coordonnées de 1 ou 2 musiciens à contacter, ce que j'ai fait.
Celui que j'ai contacté d'abord, Marcel Filet, ne joue en fait que du chromatique, mais était président du jury du concours. Mais il m'a donné d'autres adresses.

J'ai eu alors le contact avec Claude Germany, qui fait un job super : il possède un roncig koët, (c'est pas du kwéole, mais du breton bigouden...) un manège de chevaux de bois ( un "Chouval Bwa" en kwéole) de fabrication artisanale.

L'engin se manoeuvre à la main, et, croyez-moi, y'a beaucoup plus de "tiz" avec çui-là qu' avec un moteur ! Les bugale bihan ont beaucoup plus de goût dessus ! Claude avec sa vleust an diaoul, son épouse et un ou 2 autres musiciens qui font la rythmique, se mettent au milieu du manège, et jouent et chantent biguines, salsas et autres "mâzioukas" sur un rythme absolument endiablé ! C'est géant, et ça chauffe comme on sait pas faire ici; même en bleugeant  "hir, hir", ça remplace pas vraiment !

En fait, il y a à peu près 80 pratiquants sur l'île, mais ils sont noyés au milieu d'un océan de chromatistes, guère structurés, malgré les efforts de Claude Germany qui organise, tous les 2 ans, un festival du diato.

Le second contact que j'ai eu, c'était la veille de mon départ, à un "Chanté Nwel"Le Chanté Nwel est une manifestation traditionnelle au moment de Noël en Martinique. Toutes les chorales de l'île ont répété des cantiques de noël traditionnels de là-bas, que l'on chante aussi bien sur des podiums que chez des particuliers, toujours accompagné d'un orchestre ou d'une section ryhmique, que l'on trouve là-bas comme on trouve des birinik sur les rochers du Guil à marée basse.
Bref, on chante "Nwel", avec un "ti punch" entre chaque cantique, puis on passe mine de rien à de la "musica tropical" pure et dure, ce qui fait qu'à la fin de la session c'est un fest-noz comme j'aimerais bien en voir d'aussi syncopées par chez nous... On comprend pourquoi les recteurs du coin tonnent en chaire le dimanche matin contre cette variante caraïbe de notre bouest an diaoul du début du siècle !

Dans l'orchestre qui accompagnait le Chanté Nwel auquel j'ai assisté, il y avait un jeune gars avec sa bouèze. On a donc discuté, et j'ai pu récupérer une adresse e-mail.

Les musiques qu'ils jouent sont les rythmes de la Caraïbe, mais aussi des danses trad de la Martinique, qui sont en fait les danses européennes du début du siècle, importées par les colons békés : polka, "mâziôuka" quadrilles, compas (surtout joué à Haïti), et bien sûr biguine et quelques autres encore plus spécifiques.

Mais, mes pov'-z-enfants, une polka ou une mazurka qui est passée par leurs mains, ça n'a plus grand-chose à voir ce qui se jouait dans les salons bourges du début du siècle chez nous, ou même dans nos bals folks métropolitains. Qu'on se le dise!

Sous réserve d'une vérification de mes propos, ils m'ont semblé assez démunis techniquement :
-  besoin de révision des instruments
- besoin de formation technique pour un entretien minimal des
instruments (j'ignore s'il y a des luthiers et les coûts pratiqués),
compte-tenu des moyens financiers des musiciens.
-  absence de tablatures : on fait tout d'oreille...
- ignorance du florilège de méthodes dont nous disposons en Bretagne
-  relative inorganisation ou absence de structures propres au diato
-  manque apparent de cours, en particulier pour la formation des jeunes

Bref, on peut sans doute leur apporter beaucoup dans ces domaines, tout en se gardant bien de jouer l'assistanat, car ils ont eux aussi plein de choses à nous apporter.
Avec leur sens du rythme et leur richesse de répertoire, ils peuvent enrichir notre tradition à nous et aussi enrichir notre style.


Et une autre version

 

Et les paroles, alors ?

Adieu madras, adieu foulards
Adieu rob'soie, adieu collier chou
Doudou à moin , li qu'a pa'ti
héla, héla, c'est pou' toujou
Doudou à moin , li qu'a pa'ti
héla, héla, c'est pou' toujou

Bonjou' monsieur le Gouverneu'
Moin veni fai' un tit' pétition
Pou' mander vous la permission
pou' laisser mon Doudou moin à moin
Pou' mander vous la permission
pou' laisser mon Doudou moin à moin

Non, non, Mam'zelle, il est trop tard
La consigne est déjà signée
Doudou à vous li qu'a pa'ti
Le navire est sur la bouée
Doudou à vous li qu'a pa'ti
Le navire est sur la bouée

Adieu madras, adieu foulards
Adieu rob'soie, adieu collier chou
Doudou à moin , li qu'a pa'ti
héla, héla, c'est pou' toujou
Doudou à moin , li qu'a pa'ti
héla, héla, c'est pou' toujou



Une référence de disque
(trouvée sur un site touristique des Antilles) :
FIESTA - La Brisquante - Henry LUCHEL- 362.008 A
Face A: Antillais Léluia  - Adieu Foulard, adieu Madras - .....

L'école Félix Toussaint de Houilles, près de Versailles, a travaillé sur ce  chant (voir aussi les textes des enfants sur l'esclavage en artinique).
Voici leur présentation : "le chant créole traditionnel Adieu foulard, adieu madras"  s'appelait autrefois Les adieux de la Créole. Ce chant appartenant au doudouisme est attribué au Marquis de Bouillé, gouverneur de la Guadeloupe de 1768 à 1771.
<
http://www.ac-versailles.fr/etabliss/toussaint/labct2/madras/chants.htm#>

Paroles "Education nationale", programme de la radio scolaire en 1970-1971 : toutes les tournures locales ont été soigneusement corrigées :

Adieu foulard, adieu madras,
adieu grain d'or et collier chou
Doudou à moi, il va partir
hélas, hélas, c'est pour toujours

Bonjour monsieur le Capitain'
Bonjour monsieur le Commnadant
Je vous fais un' tit' pétition
Pour laisser mon Doudou à moi....

Mention "d'après les paroles chantées par Madame Marie-Thérèse Constant
de la Martinique"



Un fichier midi (avec une harmonisation très "prop'" sur le site "A Coeur Joie"
http://edacj.musicanet.org/midi/acj7.mid
Mention "pop. Antilles, adapt. et harm.César Geoffreay"

Paroles chantées par Henri Salvador en 1947
Paroles: Marc Provance,
Musique: George Manfield

1. Adieu Madras, adieu foulards
Adieu rob soie, adieu colliers, choux
Doudou à moin, li qu'a pati
Héla, héla, c'est pou' toujour'
Si aujourd'hui je vis à Paris
C'est pas pour ça que j'oublie le pays.

2. Adieu mes îles au grand soleil
Beaux paysages sous le bleu du ciel
On n'y peut rien, c'est ça la vie
Le temps s'enfuit et tout finit
Si aujourd'hui je vis à Paris
C'est pas pour ça que j'oublie le pays.