Je viens de passer
15 jours à la Martinique, et je m'étais dit, avant de partir, qu'il devait
bien y avoir là-bas quelques bouézous, et que j'aurais peut-être la chance
d'en rencontrer un ou deux...
Aussi, dès mon arrivée, j'ai commencé à regarder et à poser quelques questions;
mais, rien. Netra tout !
Puis, un jour, vers la fin de la première semaine, je vois, sur un panneau
d'affichage, "concours d'accordéon diatonique à St Esprit, (une bourgade
du centre de l'île) le samedi 22 décembre"
Damned ! Je serai déjà reparti vers les brumes bretonnes... Mais, si concours
il y a, diatonistes il y a, et organisateurs aussi. J'ai donc pris contact
avec l'office du tourisme de St- Esprit. En fait, l'organisatrice du concours
était l'une des hôtesses de l'accueil du susdit office ! On s'est donc
mis à discuter, et elle m'a donné les coordonnées de 1 ou 2 musiciens
à contacter, ce que j'ai fait.
Celui que j'ai contacté d'abord, Marcel Filet, ne joue en fait que du
chromatique, mais était président du jury du concours. Mais il m'a donné
d'autres adresses.
J'ai eu alors le contact avec Claude Germany, qui fait un job super :
il possède un roncig koët, (c'est pas du kwéole, mais du breton bigouden...)
un manège de chevaux de bois ( un "Chouval Bwa" en kwéole) de
fabrication artisanale.

L'engin se manoeuvre à la main, et,
croyez-moi, y'a beaucoup plus de "tiz" avec çui-là qu' avec
un moteur ! Les bugale bihan ont beaucoup plus de goût dessus ! Claude
avec sa vleust an diaoul, son épouse et un ou 2 autres musiciens qui font
la rythmique, se mettent au milieu du manège, et jouent et chantent biguines,
salsas et autres "mâzioukas" sur un rythme absolument endiablé
! C'est géant, et ça chauffe comme on sait pas faire ici; même en bleugeant
"hir, hir", ça remplace pas vraiment !
En fait, il y a à peu près 80 pratiquants sur l'île, mais ils sont noyés
au milieu d'un océan de chromatistes, guère structurés, malgré les efforts
de Claude Germany qui organise, tous les 2 ans, un festival du diato.
Le second contact que j'ai eu, c'était la veille de mon départ, à un "Chanté
Nwel"Le Chanté Nwel est une manifestation traditionnelle au moment
de Noël en Martinique. Toutes les chorales de l'île ont répété des cantiques
de noël traditionnels de là-bas, que l'on chante aussi bien sur des podiums
que chez des particuliers, toujours accompagné d'un orchestre ou d'une
section ryhmique, que l'on trouve là-bas comme on trouve des birinik sur
les rochers du Guil à marée basse.
Bref, on chante "Nwel", avec un "ti punch" entre chaque
cantique, puis on passe mine de rien à de la "musica tropical"
pure et dure, ce qui fait qu'à la fin de la session c'est un fest-noz
comme j'aimerais bien en voir d'aussi syncopées par chez nous... On comprend
pourquoi les recteurs du coin tonnent en chaire le dimanche matin contre
cette variante caraïbe de notre bouest an diaoul du début du siècle !
Dans l'orchestre qui accompagnait le Chanté Nwel auquel j'ai assisté,
il y avait un jeune gars avec sa bouèze. On a donc discuté, et j'ai pu
récupérer une adresse e-mail.
Les musiques qu'ils jouent sont les rythmes de la Caraïbe, mais aussi
des danses trad de la Martinique, qui sont en fait les danses européennes
du début du siècle, importées par les colons békés : polka, "mâziôuka"
quadrilles, compas (surtout joué à Haïti), et bien sûr biguine et quelques
autres encore plus spécifiques.
Mais, mes pov'-z-enfants, une polka ou une mazurka qui est passée par
leurs mains, ça n'a plus grand-chose à voir ce qui se jouait dans les
salons bourges du début du siècle chez nous, ou même dans nos bals folks
métropolitains. Qu'on se le dise!
Sous réserve d'une vérification de mes propos, ils m'ont semblé assez
démunis techniquement :
- besoin de révision des instruments
- besoin de formation technique pour un entretien minimal des
instruments (j'ignore s'il y a des luthiers et les coûts pratiqués),
compte-tenu des moyens financiers des musiciens.
- absence de tablatures : on fait tout d'oreille...
- ignorance du florilège de méthodes dont nous disposons en Bretagne
- relative inorganisation ou absence de structures propres au diato
- manque apparent de cours, en particulier pour la formation des
jeunes
Bref, on peut sans doute leur apporter beaucoup dans ces domaines, tout
en se gardant bien de jouer l'assistanat, car ils ont eux aussi plein
de choses à nous apporter.
Avec leur sens du rythme et leur richesse de répertoire, ils peuvent enrichir
notre tradition à nous et aussi enrichir notre style.
Et une autre version

Et les paroles, alors ?
Adieu madras, adieu foulards
Adieu rob'soie, adieu collier chou
Doudou à moin , li qu'a pa'ti
héla, héla, c'est pou' toujou
Doudou à moin , li qu'a pa'ti
héla, héla, c'est pou' toujou
Bonjou' monsieur le Gouverneu'
Moin veni fai' un tit' pétition
Pou' mander vous la permission
pou' laisser mon Doudou moin à moin
Pou' mander vous la permission
pou' laisser mon Doudou moin à moin
Non, non, Mam'zelle, il est trop tard
La consigne est déjà signée
Doudou à vous li qu'a pa'ti
Le navire est sur la bouée
Doudou à vous li qu'a pa'ti
Le navire est sur la bouée
Adieu madras, adieu foulards
Adieu rob'soie, adieu collier chou
Doudou à moin , li qu'a pa'ti
héla, héla, c'est pou' toujou
Doudou à moin , li qu'a pa'ti
héla, héla, c'est pou' toujou
Une référence de disque (trouvée
sur un site touristique des Antilles) :
FIESTA - La Brisquante - Henry LUCHEL- 362.008 A
Face A: Antillais Léluia - Adieu Foulard, adieu Madras - .....
L'école
Félix Toussaint de Houilles, près de Versailles, a travaillé sur ce
chant (voir aussi les textes des enfants sur l'esclavage en artinique).
Voici leur présentation : "le chant créole traditionnel Adieu foulard,
adieu madras" s'appelait autrefois Les adieux de la Créole.
Ce chant appartenant au doudouisme est attribué au Marquis de Bouillé,
gouverneur de la Guadeloupe de 1768 à 1771.
<http://www.ac-versailles.fr/etabliss/toussaint/labct2/madras/chants.htm#>
Paroles "Education nationale", programme de la radio scolaire en 1970-1971 : toutes les tournures locales ont été soigneusement corrigées :
Adieu foulard, adieu madras,
adieu grain d'or et collier chou
Doudou à moi, il va partir
hélas, hélas, c'est pour toujours
Bonjour monsieur le Capitain'
Bonjour monsieur le Commnadant
Je vous fais un' tit' pétition
Pour laisser mon Doudou à moi....
Mention "d'après les paroles chantées par Madame Marie-Thérèse Constant
de la Martinique"
Un fichier midi (avec une harmonisation très "prop'"
sur le site "A Coeur Joie"
http://edacj.musicanet.org/midi/acj7.mid
Mention "pop. Antilles, adapt. et harm.César Geoffreay"
Paroles chantées par Henri Salvador en 1947
Paroles: Marc Provance,
Musique: George Manfield
1. Adieu Madras, adieu foulards
Adieu rob soie, adieu colliers, choux
Doudou à moin, li qu'a pati
Héla, héla, c'est pou' toujour'
Si aujourd'hui je vis à Paris
C'est pas pour ça que j'oublie le pays.
2. Adieu mes îles au grand soleil
Beaux paysages sous le bleu du ciel
On n'y peut rien, c'est ça la vie
Le temps s'enfuit et tout finit
Si aujourd'hui je vis à Paris
C'est pas pour ça que j'oublie le pays.