Collectif Accordeon Diatonique de Bretagne

 

 

 

 

Discussion autour d'un moulin
Jean-Paul Sentier

 

 

 

 

 

lI y a quelques temps, j'ai rendu visite à un ancien meunier de Plouguenast.
Après avoir discuté de nos traditionnelles histoires de moulin, nous en sommes venus à parler de musique et notamment d'accordéon.
Et il me raconta alors son parcours musical.

Il fit ses débuts sur un petit ( un diatonique ) avant de passer au gros ( le chromatique ) dont il se sert toujours aujourd'hui.
Les loisirs durant la guerre étaient plutôt rares et malgré les interdictions des allemands, des bals avaient lieu la nuit dans des granges dont on cachait la lumière.

Afin de jouer pour ces occasions et de se faire un peu d'argent de tabac, il prit donc des cours avec l'instituteur du village de St Laurent.
D'ailleurs tous ceux qui voulaient apprendre la musique prenaient des cours avec lui, ce qui à cette époque devait en faire un professeur très sollicité.
Pour se rendre sur les lieux de fête, les moyens de locomotion étant encore peu développés et on y allait le plus souvent à vélo.
Pour son compagnon, ce n'était guère évident car il jouait alors de la batterie !

L'envie se fit donc vite sentir de changer d'instrument et le choix se porta sur le saxophone.
Mais les économies ne permettaient pas d'acheter tout de suite cet instrument, et il fallut trouver un arrangement pour le financer.
Vint alors le moment d'aller le chercher et ils partirent à St Brieuc.
Mais arrivés sur place, les saxos coûtaient trop chers et finalement on se décida à revenir avec un banjo !


Le répertoire s'étoffa de plusieurs "routines", même s’il n'était pas rare de commencer sur un air et de finir sur un autre tout en ayant glissé un troisième entre les deux.
Le plaisir de danser primait avant tout et on s'accommodait bien de ces improvisations.

Après la guerre, ils étaient beaucoup demandés surtout pour les mariages.
D'ailleurs, dans sa carrière, il a eu l'occasion de marier des personnes deux fois. Non pas qu'elles se soient séparées, mais pour les noces d'or.
Leur popularité fit quelques jaloux et un jour, un musicien vint le trouver pour lui dire qu'il n'appréciait pas cette concurrence.
Il lui expliqua qu'il n'y avait pas de concurrence car chacun d'eux était payé en fonction de sa prestation et que les mariés pour qui il jouait n'auraient pas pu se payer son orchestre.

Maintenant, le poids des ans se fait sentir et il n'est pas facile de porter les 11 kg du "gros".
Mais si vous passez au moulin, nul doute qu'il vous en jouera un petit air
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