Les réclamations
sont à adresser à Dédé. C'est lui qui a dit " Patricia, tu nous raconteras
la " plus grande gavotte du monde " ? ". Obligée, j'étais.
La " plus grande gavotte du monde ", c'est franchement une idée
à la noix. Imaginez le truc : réaliser à la fois le record du plus grand
nombre de danseurs et celui de la durée de danse non-stop. Gargl.... !
Et faire répertorier ça dans le Livre des Records, au même titre que la
plus grande crêpe du monde, le plus grand kouing-amann du monde, le biniou
le plus aigu du monde etc.. .
La
journée démarrait par une conférence de Naïk Raviart, fille de Jean-Michel
Guilcher, sur d'Yvon Guilcher et elle aussi historienne de la musique
et de la danse, sur l'évolution de la gavotte. Elle se poursuivait par
des ateliers de danse, des expositions de broderie, puis par la fameuse
gavotte longue-durée, et finissait par un fest-noz comme il se doit, le
tout dans le petit bourg de St-Renan célèbre pour une variante de... la
gavotte evel just. Bon moi j'allais pour la conférence. Evidemment. Et
puis je suis restée. Evidemment.
Que dire de la conférence, sinon que c'était super ? C'était un excellent prolongement du dossier qui est paru dans le dernier PA, puisqu'elle démarrait juste à l'endroit où j'ai laissé les choses : l'apparition en Bretagne d'une danse en rond issue des branles et du trihori breton, son évolution de la ronde fermée à une chaîne longue, aux quadrettes, aux gavottes en cortèges, les variantes d'appuis pour aboutir aux "3zé4 ", " 4té5 " ou " 5ké6 " actuels. Mais comment détailler plus, sans les films de Jean-Michel Guilcher, sans la voix de Naïk qui chantait les airs en accompagnement des films (noirs et blancs, muets), s'interrompant pour compter " 4 et 5 " ou pour dire " Voyez, celui-ci ne change pas d'appuis alors que celui-là oui " ou " alors quand on vous dit "C'est toujours comme cela ", méfiez-vous, méfiez-vous des dogmatismes ", arrêtant la projection pour danser : " le trihori fait123456et7-, la gavotte de Calanhel 12345et67- , et voilà le branle double... "... Un superbe moment...
Après j'ai traîné
un peu du côté du cours de danses (gavottes du Léon, gavotte d'Honneur
etc...) mais c'était tellement loin de ce qu'on venait de voir avec Naïk,
cette grande salle nue et bétonesque, ce moniteur qui comptait les pas
avant de mettre la musique (la musique comme cerise sur le gâteau, comme
récompense finale, alors que c'est un des éléments de la danse dès le
départ...), que je suis repartie vite fait.
De quoi se poser une fois de plus de sérieuses questions sur l'apprentissage
des danses...
" A 17 h, animations sur la vieille place du marché ". Bon,
en route. Sur la place et les rues environnantes, des sonneurs partout,
et qu'a-t-on fait, à votre avis ? Je proteste énergiquement auprès des
organisateurs qui n'ont pas comptabilisé dans le record les trois quarts
d'heure de gavotte du haut de la rue St-Yves en passant par la place,
avec les descentes en lacets dans les rues du bourg, les commerçants souriants
sur le pas des portes, les gamins en rollers qui doublaient n'importe
comment, la stéréo entre les groupes de sonneurs, tout le monde jouant
une gavotte mais pas forcément la même...
Après
une dernière traversée du marché (odeurs des premiers melons, des fraises
de Plougastel), dernière ligne droite (enfin, aussi droite que possible...)
avant l'arrivée à la place du bas, aux barrières installées pour le comptage...
et c'est parti !
Les seuls qui ont eu droit au galv, Leclere et Tallec, ont ouvert la gavotte
avec un petit couplet de circonstance. Après quoi les groupes et sonneurs
se sont relayés toutes les 10 minutes, passant le relais au signal du
maître de plateau, sans que le rythme s'interrompe... Pas si évident que
ça... Les chanteurs surtout ont eu du mal, sans le galv pour caler les
voix, à embrayer à la bonne hauteur. Mais ça a tourné !
Côté danseurs, une
foule hétéroclite, bons danseurs et débutants complets, enfants d'une
école avec un petit badge (un joli triskell colorié) autour du cou, mamies
aux cheveux roses, sandales d'été (pas un bon plan si l'évacuation des
petits cailloux n'avait pas été prévue à l'origine) ou équipement rando,
chaussures de marche, sac à dos et biberon d'eau... Une jeune femme très
très enceinte dans une robe très très moulante ( j'espère que le bébé
aime la gavotte), l'inévitable téléphone portable qui sonne, les contorsions
pour l'attraper sans briser la chaîne ("Allô, oui, devine où je suis
? Ecoute je te rappelle plus tard ! "), un gamin qui rejoint ses
parents en grognant (" on n'a pas pris mon ballon ? "), les
arrêts petits cailloux et pull à retirer, les arrivées de gens ayant fait
une pause buvette (oui, elles étaient autorisées...).
Côté
musiciens, une superbe suite de gavottes... Je crois bien qu'il n'y a
pas eu deux fois la même... Par contre au niveau des paroles du kan ha
diskan, il y a eu au moins quatre fois 'Me 'zo un serjan major ",
deux ou trois fois " Nozvezh kentañ ma eured " et "Son
Pardon Koloreg ", sans compter les fois où les paroles étaient inintelligibles...
Dommage. Et si les musiciens nous ont habitués à changer d'air en cours
de route, avec les chanteurs ça fait franchement bizarre, un peu radio-crochet,
moi je trouve. Surtout quand le deuxième texte commence par " didosteit
ha silaouet...* ". Au niveau du style, y a eu du bon et du mauvais...Je
mettrais sans hésiter dans le mauvais un couple accordéon-banjo-bombarde-voix
(oui ils n'étaient que 2). L'accordéon n'était pas si mauvais quand son
compère jouait de la bombarde, mais quand il prenait son banjo, horreur.
Le banjoïste (c'est comme ça qu'on dit ?) appuyait systématiquement sur
le huitième temps, Yann-Fanch aurait grincé des dents (et ça n'aurait
rien arrangé). Sûr qu'il le faisait exprès, il devait trouver ça bien...
Je me souviens d'avoir entendu Dominique Jouve dire " On apprend
aux binious et aux bombardes à ne pas appuyer sur le temps 8, mais les
accordéons le font. Personne ne leur dit que c'est mal élevé ? "
. Bref. Dans le bon, moi j'aime bien les chanteurs de Lanngazel, avec
leurs arrangements harmoniques légers, et puis il y avait une famille
sympa, les parents aux diatos, la fille aînée (14 ans ?) au violon et
le fiston (11 ans ?) qui chantait " Me a zo ur paotr bihan ",
une chanson marrante qui raconte les 400 coups d'un garnement...Ça lui
allait si bien ! Et leurs gavottes étaient légères, bien swinguées, un
plaisir...
Et voilà, on a dansé,
dansé... En fait c'est comme la rando : les deux premières heures sont
pénibles, après tu ne sens plus ni tes pieds ni tes genoux, tu raccroches
des mains ou un pull qui glissent, tu simplifies le pas ou tu étires tes
guiboles avec un petit rond de l'Aven... Et tu sais que c'est fini quand
tous les sonneurs montent sur la scène et terminent par " dañs ar
podoù fer "...
Trois mille deux cents danseurs, il a dit le monsieur. Et 3 h 8 minutes
de danse non-stop. Mais ça, ce ne sont que des chiffres. La gavotte, c'est
bien autre chose....