J'ai eu la chance de pouvoir assister hier soir , samedi 5 avril 2003, à un concert peu banal, plein d'émotions, à Pont Scorff, dans la salle du théâtre le Strapontin.
L'artiste qui a animé cette soirée,
en musique et en images était Marc Perrone. « Trois petites notes de musique....
»
Je n'avais pas pris de crayon ni de papier, ce n'est pas mon job de faire
le journaliste, dommage, car il y avait tant d'anecdotes croustillantes
à mémoriser...
Je vous restitue les impressions d'un spectateur auditeur conquis...
Si, comme d'autres qui ont assisté à cette soirée, j'écris avoir eu la
chance, c'est en raison des multiples intérêts que ce concert offrait.
Marc
Perrone est un vituose de l'accordéon diatonique, écouter ses disques
est un régal , mais le voir et l'entendre jouer est une réelle découverte
dont on ne sort pas indemne, ici, il s'agit selon moi d'une très saine
influence.
C'est la deuxième fois, pour ma part
que j'avais l'occasion de le voir, la première, c'était en 1983, je crois,
lors d'une soirée ciné club à Paris, il était venu parler et présenter,
instrument à l'appui, de la musique du film « la trace », qu'il avait
composée. Pour moi, cela avait été l'occasion de découvrir l'accordéon
diatonique et de m'y intéresser ensuite par l'écoute, l'envie d'apprendre
à en jouer était née (et de jouer dans ma salle de bain pour l'instant...
pour reprendre l'expression de Patrick Calvès) a été concrétisée avec
l'école de musique de Caudan (lire ou relire mon 1er article pour PA).
Pour ce concert, Marc Perrone a joué avec trois accordéons d'une marque
que je tairai, l'artiste est italien de naissance, il ne renie pas ses
origines, entre ses doigts qui caressent ,en exécution parfaite, les touches
à droite et à gauche qu'il connaît sur le bout des d....., il saurait
sûrement faire sonner magnifiquement tous les diatoniques du monde...
Il a joué selon les thèmes de la soirée, passant de l'un à l'autre très
souvent, d'un deux rangées huit basses(pour jouer les tarentelles entres
autres et la valse blonde..), d'un trois rangées douze basses plus des
petits boutons, pour Panam, la javanaise...,et enfin, d'un quatre rangées
vingt quatre basses et plus des petits boutons (encore diatonique celui
là ????).

Hier soir, Marc Perrone nous a joué ses compositions , ses thèmes passions,
il compose beaucoup comme chacun sait, des musiques de films, il nous
en a joué un certain nombre en nous montrant comment il pose ses notes
sur les images, les souligne et les colore (parfois en noir intense...)
grâce à des extraits qu'il nous a présenté de grands classiques du cinématographe.
Je ne citerai que « Tire au flanc » de René Clair, une parodie truculente
de l'entraînement militaire, parmi d'autres évocations
beaucoup plus dramatiques...telle, pendant la seconde guerre mondiale,
le bombardement par les américains de l'abbaye de Monte Cassino.
Lors de ce concert, Marc Perrone nous a ouvert son cinéma mémoire en replaçant
des moments d'histoire dans le présent afin de montrer toute leur actualité,
l'histoire se répète, l'homme ne s'assagit pas, il est capable du pire
comme du meilleur...
Marc Perrone nous a également ouvert quelques pages de son album de famille,
raconté quelques tranches de sa vie avec plein d'humour et de réalisme,
sa découverte de l'accordéon diatonique lors d'une fête de l'humanité
(il habitait dans les barres d'immeubles à côté, à La Courneuve...) complètement
conquis par un accordéoniste cajun, cette rencontre d'adolescent a été
la révélation pour lui.
Le lendemain, il est allé acheter un accordéon diatonique chez un grand
distributeur parisien, dont le nom commence par un B..., seul un vieux
vendeur connaissait l'existence du diato, mais il n'en vendait plus, aussi
il lui demanda si c'était pour décorer la cheminée ?.. Pour en savoir
plus il alla chez un grand distributeur d'outils culturels, G...J...s'acheter
un « Que sais je » sur l'accordéon.
Selon le condensé du savoir en la matière, « l'accordéon diatonique était
tombé en désuétude et constituait un élément caractéristique de la ruralité
!... » Ces « vérités » transposées au cadre de vie de La Courneuve, nécessitait
une forte volonté et une grande capacité de discernement pour adopter
définitivement l'instrument !
Le premier morceau qu'il a alors joué toute la journée, démonstration
à l'appui hier soir, a été « En avant blonde ».
Il nous a également illustré musicalement un film dont le thème est le
train à vapeur, car enfant, il rêvait d'être conducteur de locomotive
à vapeur...A ce moment, Marc Perrone nous a présenté d'autres facettes
de son grand talent, expliqué et démontré ce que le musicien peut tirer
du soufflet de l'instrument qui respire...(inspire vers la droite, expire
vers la gauche...) l'illustration sonore du roulement du train sur un
pont métallique en est un exemple stupéfiant.
L'accordéon diatonique peut être selon la sensibilité du musicien, tantôt
belliciste en imitant par un claquement de soufflet la culasse d'un fusil
en action, pédagogique en reproduisant le halètement du chien, démographique
en enivrant un couple de danseur par la fluidité de l'interprétation d'une
valse, telle « un dimanche au bord de l'eau ».
Afin d'éviter d'être un peu trop dispersé dans le récit, je ne vous raconterai
pas la définition de la fluidité napolitaine, ça vaut pourtant son pesant
d'or !
Je ne m'étendrai pas non plus sur la thérapie de Piétro qui soigne les
« fous », en jouant jusqu'à épuiser ses dernières forces, au chevet du
malade, devant les mamas qui tournent leurs chapelets au dessus de leurs
têtes, les femmes qui rythment en tapant sur leurs casseroles emplies
de sauce pour les pâtes, les hommes qui tapent le carton et s'arrosent
, tout cela au son de la tarentelle (rythme ternaire très soutenu).
Et puis, je ne peux pas tout vous raconter, fallait venir, ou faudrait
y aller pour plusieurs raisons, Marc Perrone est un virtuose de cet instrument,
il exprime toujours les mêmes simplicité et gentillesse, pour moi qui
l'ai vu et écouté vingt ans plus tôt. Il est aussi, pour ceux qui aiment
et pratiquent un peu l'instrument, un pédagogue ; il est également un
merveilleux conteur qui sait mettre à l'unisson le son et l'image, enfin
c'est un humaniste.
Pour ceux qui auraient à le découvrir, s'il y en a, vous pouvez vous procurer
un de ses derniers CD « Voyages », il vous permettra d'en faire un bout
en sa compagnie, en attendant d'aller le rencontrer lors d'un concert...
Un autre CD est en préparation, Marc Perrone nous a joué une composition
d'inspirations mélangées (avec le quatre rangées..) qui entrera dans ce
CD ainsi qu'un « cocaroca »,version mama italienne des influences mondialistes...un
régal.