Collectif Accordeon Diatonique de Bretagne

 

 

 

 

Accordéons à tout faire
Patrick Harel

 

 

 

 

 

J'ai eu la chance de pouvoir assister hier soir , samedi 5 avril 2003, à un concert peu banal, plein d'émotions, à Pont Scorff, dans la salle du théâtre le Strapontin.

L'artiste qui a animé cette soirée, en musique et en images était Marc Perrone. « Trois petites notes de musique.... »
Je n'avais pas pris de crayon ni de papier, ce n'est pas mon job de faire le journaliste, dommage, car il y avait tant d'anecdotes croustillantes à mémoriser...
Je vous restitue les impressions d'un spectateur auditeur conquis...
Si, comme d'autres qui ont assisté à cette soirée, j'écris avoir eu la chance, c'est en raison des multiples intérêts que ce concert offrait.
Marc Perrone est un vituose de l'accordéon diatonique, écouter ses disques est un régal , mais le voir et l'entendre jouer est une réelle découverte dont on ne sort pas indemne, ici, il s'agit selon moi d'une très saine influence.

C'est la deuxième fois, pour ma part que j'avais l'occasion de le voir, la première, c'était en 1983, je crois, lors d'une soirée ciné club à Paris, il était venu parler et présenter, instrument à l'appui, de la musique du film « la trace », qu'il avait composée. Pour moi, cela avait été l'occasion de découvrir l'accordéon diatonique et de m'y intéresser ensuite par l'écoute, l'envie d'apprendre à en jouer était née (et de jouer dans ma salle de bain pour l'instant... pour reprendre l'expression de Patrick Calvès) a été concrétisée avec l'école de musique de Caudan (lire ou relire mon 1er article pour PA).
Pour ce concert, Marc Perrone a joué avec trois accordéons d'une marque que je tairai, l'artiste est italien de naissance, il ne renie pas ses origines, entre ses doigts qui caressent ,en exécution parfaite, les touches à droite et à gauche qu'il connaît sur le bout des d....., il saurait sûrement faire sonner magnifiquement tous les diatoniques du monde...
Il a joué selon les thèmes de la soirée, passant de l'un à l'autre très souvent, d'un deux rangées huit basses(pour jouer les tarentelles entres autres et la valse blonde..), d'un trois rangées douze basses plus des petits boutons, pour Panam, la javanaise...,et enfin, d'un quatre rangées vingt quatre basses et plus des petits boutons (encore diatonique celui là ????).


Hier soir, Marc Perrone nous a joué ses compositions , ses thèmes passions, il compose beaucoup comme chacun sait, des musiques de films, il nous en a joué un certain nombre en nous montrant comment il pose ses notes sur les images, les souligne et les colore (parfois en noir intense...) grâce à des extraits qu'il nous a présenté de grands classiques du cinématographe.
Je ne citerai que « Tire au flanc » de René Clair, une parodie truculente de l'entraînement militaire, parmi d'autres évocations
beaucoup plus dramatiques...telle, pendant la seconde guerre mondiale, le bombardement par les américains de l'abbaye de Monte Cassino.
Lors de ce concert, Marc Perrone nous a ouvert son cinéma mémoire en replaçant des moments d'histoire dans le présent afin de montrer toute leur actualité, l'histoire se répète, l'homme ne s'assagit pas, il est capable du pire comme du meilleur...

Marc Perrone nous a également ouvert quelques pages de son album de famille, raconté quelques tranches de sa vie avec plein d'humour et de réalisme, sa découverte de l'accordéon diatonique lors d'une fête de l'humanité (il habitait dans les barres d'immeubles à côté, à La Courneuve...) complètement conquis par un accordéoniste cajun, cette rencontre d'adolescent a été la révélation pour lui.
Le lendemain, il est allé acheter un accordéon diatonique chez un grand distributeur parisien, dont le nom commence par un B..., seul un vieux vendeur connaissait l'existence du diato, mais il n'en vendait plus, aussi il lui demanda si c'était pour décorer la cheminée ?.. Pour en savoir plus il alla chez un grand distributeur d'outils culturels, G...J...s'acheter un « Que sais je » sur l'accordéon.
Selon le condensé du savoir en la matière, « l'accordéon diatonique était tombé en désuétude et constituait un élément caractéristique de la ruralité !... » Ces « vérités » transposées au cadre de vie de La Courneuve, nécessitait une forte volonté et une grande capacité de discernement pour adopter définitivement l'instrument !

Le premier morceau qu'il a alors joué toute la journée, démonstration à l'appui hier soir, a été « En avant blonde ».
Il nous a également illustré musicalement un film dont le thème est le train à vapeur, car enfant, il rêvait d'être conducteur de locomotive à vapeur...A ce moment, Marc Perrone nous a présenté d'autres facettes de son grand talent, expliqué et démontré ce que le musicien peut tirer du soufflet de l'instrument qui respire...(inspire vers la droite, expire vers la gauche...) l'illustration sonore du roulement du train sur un pont métallique en est un exemple stupéfiant.
L'accordéon diatonique peut être selon la sensibilité du musicien, tantôt belliciste en imitant par un claquement de soufflet la culasse d'un fusil en action, pédagogique en reproduisant le halètement du chien, démographique en enivrant un couple de danseur par la fluidité de l'interprétation d'une valse, telle « un dimanche au bord de l'eau ».

Afin d'éviter d'être un peu trop dispersé dans le récit, je ne vous raconterai pas la définition de la fluidité napolitaine, ça vaut pourtant son pesant d'or !
Je ne m'étendrai pas non plus sur la thérapie de Piétro qui soigne les « fous », en jouant jusqu'à épuiser ses dernières forces, au chevet du malade, devant les mamas qui tournent leurs chapelets au dessus de leurs têtes, les femmes qui rythment en tapant sur leurs casseroles emplies de sauce pour les pâtes, les hommes qui tapent le carton et s'arrosent , tout cela au son de la tarentelle (rythme ternaire très soutenu).

Et puis, je ne peux pas tout vous raconter, fallait venir, ou faudrait y aller pour plusieurs raisons, Marc Perrone est un virtuose de cet instrument, il exprime toujours les mêmes simplicité et gentillesse, pour moi qui l'ai vu et écouté vingt ans plus tôt. Il est aussi, pour ceux qui aiment et pratiquent un peu l'instrument, un pédagogue ; il est également un merveilleux conteur qui sait mettre à l'unisson le son et l'image, enfin c'est un humaniste.
Pour ceux qui auraient à le découvrir, s'il y en a, vous pouvez vous procurer un de ses derniers CD « Voyages », il vous permettra d'en faire un bout en sa compagnie, en attendant d'aller le rencontrer lors d'un concert...
Un autre CD est en préparation, Marc Perrone nous a joué une composition d'inspirations mélangées (avec le quatre rangées..) qui entrera dans ce CD ainsi qu'un « cocaroca »,version mama italienne des influences mondialistes...un régal.