Collectif Accordeon Diatonique de Bretagne

 

 

 

 

Je te tiens, tu me tiens ?
Par Yannig Le Hen
(Parole d'Anches N° 12 janvier 2000)

 

 

 

 

 

Il existe une étonnante diversité de maintiens de l'accordéon pour sonner.
Avec deux bretelles ! Une bretelle ! Le poucet ! Assis ! Debout ! Hag all, hag all...
Il semble presque que chaque sonneur d'accordéon possède une manière de tenir son instrument propre à son répertoire, son style de jeu et sa personnalité.

Généralement, quand on commence l'apprentissage de l'accordéon diatonique, la majorité des professeurs donne comme modèle un type standard de tenue de l'instrument tout en laissant à chacun de ses élèves la possibilité de trouver par eux-mêmes ensuite, le maintien de l'instrument qui leur conviendra le mieux.

En effet, le plus important c'est de se sentir à l'aise pour sonner et le propre de l'accordéon c'est justement d'offrir un large choix de maintiens différents tous aussi valables les uns que les autres.


Diwallit !

Cependant, on peut se demander s'il existe une manière meilleure qu'une autre de maintenir son accordéon et se sentir à l'aise ne veut pas dire prendre des positions qui à la longue risqueraient de bloquer la progression de l'apprentissage.

Je pense par exemple au jeu les jambes croisées qui fatigue rapidement quand on frappe le tempo (il faut soulever le poids de la jambe en plus de l'instrument).

Ou encore, sonner l'instrument trop serré contre soi, ce qui favorise l'apparition de contractures musculaires très douloureuses dans le cou, les épaules et les omoplates et qui peuvent à la longue gêner la pratique de l'instrument surtout si l'on a des problèmes de dos (ici le problème du poids de l'instrument joue un rôle important).

Là, il est important d'écouter ou d'interroger son professeur qui, fort de son expérience et de sa pratique, pourra renseigner utilement son élève sur les positions à éviter.

 

Bretelles

Le maintien de l'accordéon que l'on rencontre le plus communément est la tenue par les deux bretelles.
Elle ne demande pas d'apprentissage et permet d'aborder l'essentiel, c'est-à-dire jouer des morceaux tout de suite. Cette position permet de jouer assis ou debout et maintient parfaitement l'instrument sans donner une sensation de flottement.

La main droite ne subit aucune contrainte, permet un jeu souple et d'évoluer librement sur tout le clavier.

Par contre cette tenue a tendance à favoriser un jeu replié sur soi, les bras travaillent pliés ce qui ne favorise pas une bonne oxygénation des muscles et accroît le risque d'apparition de crampes ou de contractures musculaires comme je l'expliquais précédemment.


Conseils pratiques

Le plus important, c'est que l'instrument ne soit pas trop serré contre le corps pour que les épaules ne supportent pas tout le poids de l'instrument. Les bretelles doivent maintenir, pas supporter et quand on travaille assis, l'instrument doit reposer au maximum sur la cuisse gauche, les bras étant repliés le moins possible.
Parfois, sur certains accordéons lourds, les deux bretelles sont reliées par une sangle dans le dos qui sert à éviter que ces deux dernières ne glissent pendant le jeu.

Enfin, quand on a commencé à apprendre à jouer avec les deux bretelles il est difficile de passer à un autre type de maintien de l'instrument, ce qui peut poser des problèmes le jour où, par exemple, une bretelle casse juste avant de monter sur scène.

Poucet

A l'opposé du maintien avec les deux bretelles on trouve la tenue avec le poucet, sorte de petite lanière, généralement en cuir, qui enserre le pouce droit et assure la stabilité de l'instrument. Cette technique à l'accordéon issue des premiers accordéons et typique du mélodéon est surtout mise en valeur en Bretagne par l'école Yann Dour. Cependant, elle est peu répandue chez les accordéonistes et d'ailleurs maintenant quasiment tous les accordéons diatoniques sont vendus sans cet accessoire.

Cette technique n'est pas maîtrisable tout de suite, nécessite un apprentissage et l'instrument ne doit pas être trop lourd. En effet, au début on a un peu l'impression que l'instrument n'est pas maintenu et flotte sur la cuisse. De plus en débutant, le poucet fait très mal au pouce et donne l'impression que la main droite est bridée et ne peut pas exploiter tout le clavier. Ceci est surtout dû au fait que le poucet est mal réglé.

Le plus souvent on joue assis et pour jouer debout il faut généralement mettre au moins une bretelle.

Enfin, certains ont du mal à se défaire de l'habitude de jouer avec le poucet quand ils désirent passer à un autre style de maintien de l'instrument. Par contre, l'instrument repose bien sur la cuisse, les bras sont allongés, l'ensemble du corps est détendu ce qui donne un jeu puissant, privilégiant le poussé/tiré.

Une bretelle

Entre ces deux extrêmes on trouve le maintien avec une seule bretelle, généralement positionnée sur l'épaule droite. Cette position est un bon compromis entre les deux tenues précédentes.

On joue plutôt assis bien que j'aie vu des accordéonistes jouer ainsi debout et sans poucet, mar Plich !

Par contre la bretelle doit être suffisamment longue pour que l'instrument repose sur la cuisse gauche et ainsi on peut bénéficier d'une bonne partie des avantages du jeu au poucet sans utiliser ce dernier.

Quant à jouer assis ou debout, tout dépend du moment, il est certain que quand on travaille à la maison on est plus à l'aise assis, c'est moins fatiguant. Par contre pendant les cours, on travaille souvent debout, assis, debout, assis...

Pour finir, forcément, sur scène, le jeu debout est plus vivant et permet des jeux de scène mais attention alors au dos !



Essayez !

Nous venons de voir les principales tenues de notre instrument favori et je suis sûr qu'ils en existent d'autres qui présentent aussi des intérêts, le débat est ouvert à tous ceux qui désirent les présenter ou apporter des précisions sur celles présentées précédemment.

Surtout, n'hésitez pas à essayer d'autres maintiens de l'instrument, tous ces essais participent à la découverte des multiples facettes de l'instrument.
En résumé et pour finir, quelle que soit la tenue de l'instrument décidée : poucet, une bretelle, deux bretelles, il est important par contre de respecter certaines règles

 

Règles d'or...


* Se tenir bien droit et plutôt positionné sur le bord du siège.

* Le dos doit être bien droit aussi, pour faciliter la respiration et éviter les courbatures

* Les bretelles doivent être bien réglées pour que la partie mélodique de l'instrument repose sur la cuisse ou le genou gauche, la jambe droite étant destinée à marquer le tempo.

* Les bras doivent jouer le moins possibles repliés.

* La sangle à la main gauche doit être bien réglée, ni trop serrée, ni trop lâche pour permettre un jeu souple des quatre doigts sur tout le clavier harmonique et du pouce sur la soupape.

* Le pouce de la main droite repose sur la tranche du clavier droit et non derrière.

 

Je terminerai en relatant la réponse d'une petite fille à qui je demandais comment elle tenait son instrument.
Elle me répondit : "Contre mon coeur !" et après tout n'est-ce pas la position la plus jolie et le chemin le plus court vers le bonheur de jouer de la musique ?