Hag en tu all da baris
Daniel LePrince- Paroles d'Anches
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( compléments sonores en rubrique
'Espace CADB )
Jai été particulièrement intéressé
par larticle très documenté de Patricia sur les avatars de "
Aux marches du Palais ", dans la livraison n° 28 de " Lavarou
". En lisant la partie " Hag e Brezhoneg ? ", jai
immédiatement fait le rapprochement avec " eur kanaouenn vigoudenn
", que jai découvert récemment grâce à Danièle Le Bec, de Plobannalec.
Il sagit dune version bigoudenne de " Nag en tu all da
Bariz ", version quelle a apprise de sa grand-mère, il y a
quelques années.
Avant den commenter le texte, je voudrais dabord commencer
par le présenter ci-dessous.
HAG
EN TU ALL DA BARIS
1 Hag en tu
all da Baris
O ! Rabat din touch ;
A zo ur plach yaouank
Me na douchin ket mag a challin miret !
A zo ur plach yaouank
Me na douchin ket
2 Aneus daou tri amourous o !
Me oar e zentimant
3 Ar chentañ
a zo keginer
A eil zo paotr-ar-gambr
4 An trede a zo kere
Kere botouer ler
5 Anoe fard dehi ur botoù
A noe kaset dar gêr
6 Chanodig a choulenne
Pegement e oar/ botou ler nevez
7 En eur wiskañ dehi he botoù
Netra nemet un nozvez da gousket
8 Nhon neus na licher na lenn,
Na pennwele/ didañ ar penn
9 Nhonneus na sku-ell na loa
Na danvez/ dober bara
10 Nin yal vel ar glujar
Ni gousko war an douar
11 Nin rayvel ar hefeleg,
Pa sav an eol ya da redeg
Les connaisseurs auront reconnu, à partir
de la strophe 8, des paroles bien connues par ailleurs :
il sagit bien des strophes finales de " Tri Martolod ",
" Dans Kan " très connu et chanté dans les ports bigoudens,
et dont A. Stivell a fait le tube que lon sait.
Sur lorigine et lhistoire de " Tri Martolod ", je
renvoie à létude très intéressante qui en a été faite par B. Lasbleiz
dans " Musique Bretonne " n° 155 de mai 1999.
Les couplets de cet emprunt sont les derniers couplets du Dans-Kan, qui
ne sont pas chantés par Stivell, et donc peu connus du public.
A titre dinformation, je propose ci-dessous, et aux fins de comparaison,
le texte de Tri Martolod en ma possession, et sur lequel jai chanté
et dansé quand javais seize ans !
Tri
Martolod
(Dans-kan)
1 Tri martolod yaouank
Tralala, ladigadra
Tri martolod yaouank
O voned da veajiñ ;
2 O voned da veajiñ
O voned da veajiñ (bis)
Gantn ael oan bet kaset
Tralala
Gant n ael oan bet kaset
Beteg an Douar Nevez
3 E-kichen mein ar veilh
O deus mouihlet o oerioù
4 Hag e bars ar veilh-se
E oa ur zervijourez
4 Hag hi choulennganin
" Pelech peus gret konesans ? "
5 E Naoned er marchad
En ur choasis ur walenn
6 Voalenn ar bromesañs
Ha paromp da zimeziñ
7 Ni zemezo hon daou
Ha yal dober tiegez
8 Ni ray tiegez mat
Ha paneus ket avantaj
9 Ma mamm cwhi poa lar din
Ho pije gret tiegez din
10 Ma mamm,cwhi zohon aez
Nouzoch ket piou a zo diaez !
11 Nhoneus na skuell na looa
Na danvez dober bara
12 Nhoneus na ti na plouz
Na gwele da gousket en noz
13 Nhoneus linser na lenn
Na pennwele didan ar pen !
14 Nirayvel ar glujar,
Ni gousko war an douar
15 Nirayvel arhefeleg
Pa sav an heol ya da redeg !
16 Ma jañson nouzom mi
Ani a oar a chontinui !
Avant de continuer, je tiens à préciser que ces
textes sont reproduits en tentant de conserver le breton bigouden, sans
souci davoir à tenir compte dun breton à lorthographe
unifiée. Jai fait le choix de la restitution la plus proche de notre
tradition chantée.
Il semble difficile de déterminer de façon certaine laquelle de ces deux
kanaouenou a emprunté son texte à lautre, bien que je pencherai
plutôt pour lantériorité de Tri Martolod. En effet, B. Lasbleiz
mentionne la première apparition de ce dernier en 1809 dans un cahier
du Croisic, " et, -dit-il-, si on la connaît au Croisic en 1809,
il y a quelques chances pour que les marins bretonnants du voisinage en
aient déjà pris connaissance à lépoque, et sans doute bien avant.
".
On se trouverait donc, avec " Hag en tu all da Baris " (version
bigoudenne), devant une nouvelle version bretonnante de " Aux marches
du Palais ", chanson dont le texte aurait été créé par laboutage
de deux textes qui lui seraient antérieurs.
On peut remarquer que la transition entre les deux textes nest guère
soignée : cest au lecteur (ou plutôt à lauditeur) de rétablir
le fil : la couche du prix des chaussures sera sans draps ni couverture,
car la fille na rien !
Danièle Le Bec ma, par ailleurs, raconté une anecdote intéressante
: sa grand-mère disait que " paotr ar gambr" voulait dire "
un député " ! Compte-tenu des versions françaises antérieures, il
est certain que cette traduction ne peut être retenue.
Elle offre pourtant, à mon avis, un intérêt : en effet, cela voudrait
montrer quun bon cordonnier avait la préférence des filles sur ces
affreux politiciens ! (si tant est quelles eussent loccasion
den fréquenter
)
Enfin, on retrouve bien dans ce texte ces affreux bigoudens, aux mains
pleines de doigts crochus, mais aussi authentiques et invétérés gaulois
:
" me na douchin ket ma challan
miret " : "Je ny toucherai pas, si je peux men empêcher
."
En ce qui concerne la mélodie (après tout, cest ce qui intéresserait
le plus les " vleusterien " que nous sommes, je ne connais pas
dautre air dont celui-ci pourrait être une variante.
La manière dont nous le chantons (daprès les éléments collectés)
en font un " dans-kan ", rond typique du Pays Bigouden, dont
" Tri Martolod " est un autre exemple.
En effet, la version " trad " de "Tri Martolod " est
elle aussi un " Dans-kan ", le rond dansé et chanté dans les
ports bigoudens, et aussi sans doute du côté dAudierne et peut-être
de Douarnenez. Ce rythme est bien différent de celui adopté par Stivell,
rythme dan dro, sans doute plus adapté aux festou-noz et aux concerts.
On peut remarquer également que, comme dans nombre dautres chants
traditionnels, les auteurs se préoccupaient souvent assez peu du respect
du rythme et des mesures.
Cela se remarque particulièrement aux strophes 6 et 7, où il faut véritablement
travailler les " vers " pour sen sortir ! Je donne, sur
le site, une proposition dexécution de ces strophes.
Mais, après tout, cela ne devait guère gêner les danseurs : sur le rond,
donc avec des phrases musicales courtes, il suffisait " détaler
" le texte sur une mesure supplémentaire pour sen sortir honorablement
! (Patricia me fait remarquer que souvent, et bien au contraire, on éludait
les phonèmes pour s'en sortir...)
Pour conclure, je dirais quon ne peut quêtre frappé par la
similitude de la genèse et du destin de ces deux danses : origine "
européenne " assez ancienne (relire pour cela larticle de B.
Lasbleiz déjà cité), traduction bretonne, " échouage " en Pays
Bigouden et, pour lune dentre elles, destin international,
et, pour lautre "obscure synthèse " de deux traditions
européennes chantées
Mais qu'était donc cette Dans kan, ou
ronde aux trois pas ? Comment se dansait-elle ?
L'air proposé est asymétrique, bizarre, bizarre !
Des recherches sont en cours pour vous (et nous) éclaircir les idées là-dessus.
Si vous avez des infos, faites signe !