Canons
et deuxièmes voix
Patricia
Gendre
P.A. 36

Commençons par définir !
Canon. étymologie grecque, = règle.
Composition en imitation rigoureuse, à deux ou plusieurs voix,
dans laquelle chacune des parties répète, à une distance
et après un espace de temps fixés, le même dessin
mélodique. Les deux règles fondamentales du genre sont l'exactitude
de l'imitation et sa continuité, le thème devant se reproduire
sans modification ni interruption, et chaque voix ne devant se reposer
qu'après l'entrée de la suivante. Jusqu'au XVIe s., cette
forme de composition fut appelée chasse ou fuga, et le mot canon
servit à désigner la devise placée en tête
du morceau pour en régler l'exécution.
Le plus ancien canon connu est le célèbre chant anglais sur le texte « sumer is icumen » (l'été est arrivé), du manuscrit Harleian 978, British Museum, noté au Xllle siècle et dont la musique, ou peut-être le texte seulement, passe pour l'oeuvre d'un moine de l'abbaye de Reading, John of Fornsete. Cette pièce d'un grand intérêt historique porte le titre de Rota (roue) et forme un canon à 4, 3, ou 2 voix, accompagné par une sorte de bourdon, ou pes, à 2 voix.
Les contrepointistes de la seconde moitié du XVe s. portèrent la composition de la fuga, ou canon, à un haut degré de raffinement. Ils se plurent à l'introduire dans les parties épisodiques de leurs messes et à lui donner des formes énigmatiques par des procédés subtils de notation et par le caractère piquant et parfois obscur à dessein des devises par lesquelles ils en indiquaient la résolution. C'est chez eux que prirent naissance les nombreuses variétés de canons cultivés jusqu'à notre époque et parmi lesquelles on distingue :
- Le canon simple, où le thème proposé par la première voix et appelé antécédent ou guide est suivi de sa répétition exacte, dite conséquent ou résolution, par les voix successives; le canon est dit à l'unisson, à la quinte, à l'octave, etc., selon que la seconde voix et, s'il y a lieu, les voix subséquentes prennent leur point de départ à l'unisson, à la quinte, à l'octave, etc., du thème proposé.
- Le canon ad infinitum, ou circulaire, ou perpétuel, est celui qui n'a pas de terminaison prévue, les voix s'enchaînant et s'échafaudant par des reprises continuelles du thème; l'addition d'une formule finale, ou coda, procure seule la conclusion nécessaire.
- Le canon par augmentation ou par diminution est celui dans lequel le thème proposé est résolu en valeurs de durées plus longues ou plus brèves.
- Le canon renversable, appelé quelquefois par les anciens théoriciens canon per arsin et thesin, est celui dans lequel tous les intervalles du thème se trouvent renversés dans la résolution;
- Le canon rétrograde, ou cancrizans, ou à l'écrevisse, est celui dans lequel la résolution reproduit le thème à rebours en commençant par la dernière note: le canon à la fois renversable et rétrograde peur s'écrire sur une seule portée, munie d'une clef à chaque bout et que lisent les deux exécutants placés vis-à-vis l'un de l'autre: cette disposition reçoit aussi le nom de canon ou fuga à miroir.
- Le canon polymorphe est susceptible de plusieurs résolutions; c'est le cas du canon de William Byrd, Non nobis Domine (1575) souvent chanté en Angleterre, en guise de "gràces", après les repas solennels et qui peut s'interpréter à 2, 3 ou 4 voix de sept ou huit manières.
- On nomme canons énigmatiques ceux dont la notation, réduite à une seule portée, ne contient que le thème et indique par des signes et des devises la manière de le résoudre.
Le canon est dit, dans ce cas, fermé;
il est ouvert lorsqu'on l'a résolu et mis en partition. La notation
sur une portée unique fixe par une série de clefs le nombre
des voix, l'ordre dans lequel elles doivent se succéder et le degré
sur lequel elles doivent prendre leur point de départ; le lieu
de leur entrée est marqué par un signe communément
tracé en forme de S, ou, dans les ouvrages anciens, par une volute
analogue au point d'interrogation, ou par un petit trait vertical, simple
ou double. La devise complétait ces indications. Les anciens contrepointistes
se plaisaient à la rédiger en termes sentencieux et souvent
humoristiques : «Vous jeûnerez les quatre temps » signifiait
l'obligation pour le conséquent de laisser passer quatre unités
de temps avant de suivre l'antécédent; « Qui se exaltat
humiliabitur » (celui qui s'élève sera abaissé)
prescrivait le renversement
de thème; « Crescit in duplo » ordonnait à la
seconde voix de procéder par augmentation, en doublant de valeur
chaque note, etc. Ces jeux, rangés parmi les « artifices
des Néerlandais » parce qu'en effet les maîtres franco-belges
s'y sont complu, ne doivent pas être jugés avec dédain;
ils étaient l'équivalent de ces « récréations
mathématiques » où s'aiguise parfois la curiosité
des savanst, et Fétis a eu raison de dire qu'il n'est « pas
inutile de s'y exercer, car on y apprend à se familiariser avec
une foule de combinaisons qui donnent plus d'activité à
la conception musicale ».
-
Le canon double est formé par la réunion
de deux canons simples. Les canons comprenant un grand nombre de voix
étaient connus dès le XVe s. C'est par la superposition
de neuf canons à trois voix sous la devise « Novem sunt Musae»,
que Jean de Ockeghem (décédé en 1495) a construit
le motet à 36 voix, célébré par ses contemporains.
La même disposition se retrouve chez Valentini (1631), qui a écrit
aussi un canon à 96 voix en 24 choeurs. Mais ces oeuvres ne font
qu'étager les renversements de l'accord parfait. On cite un canon
triple à 8 voix en deux choeurs, de P. Agostini (décédé
en 1629), un canon à 32 voix, de Berardi (1687).
Beaucoup de maîtres illustres ont composé
des canons pour les voix ou les instruments. Bach en a placé toute
une suite dans son Air avec 30 variations, pour le clavecin. Haydn avait
fait encadrer et suspendre dans sa chambre les feuillets sur lesquels
il avait tracé ses meilleurs canons. Cherubini, qui en composait
volontiers, a résolu tous ceux que le P. Martini avait fait graver
dans les vignettes de son Histoire de la musique.
Beethoven, dans ses heures de jovialité, a écrit plusieurs
canons pour ses amis. Chanter des canons en choeur était un plaisir
jadis fort goûté dans les réunions intimes, en Angleterre
et en Allemagne, et qui occasionna la publication de « Canons de
Sociétés » en recueils.
http://dictionnaire.metronimo.com
Jouer en canon
Le canon est d'un abord assez simple: le thème
est en général assez court et tout le monde joue la même
Ia même chose ... c'est déjà ça.
En général, en chant, on procède ainsi:
-tout le monde chante (joue) une fois le thème
ensemble
- les voix démarrent les unes après les autres aux endroits
convenus (il est bien utile d'avoir une structure rythmique qui garde
le tempo)
- pourfinir, plusieurs techniques:
- chaque voix finit à son tour après un nombre convenu de
rotations
- au signal donné par un meneur, tout le monde redémarre
le thème au début et on finit ensemble
- une "conclusion" est prévue dans l'air, là encore
il faut un signal pour que tout le monde embraye ensemble.
Avec ces quelques consignes on arrive à faire chanter en canon des enfants de 5-6 ans, si, si!
Les airs du dossier à découvrir dans PA 36:
-Chaque fois qu'il y avait le choix quant aux hauteurs
de chant, j'ai préféré la transcription pour diato
la plus facile possible. i
-Je vous ai mis les paroles, bien sûr!
- Lorsque la mise en page le permettait, j'ai aligné les départs
de voix les uns en dessous des autres, ça permet aux curieux de
voir comment est fabriquée l'harmonie
- "C'est pô juste", on m'a dit ! Certains canons ont des
harmonies qui "frottent" un peu par endroits, en général
sur des notes de passage, ce qui est admis. En général.
- J'ai mis une main gauche indicative, histoire d'aider au déchiffrage
et à la stabilité rythmique. Une fois qu'on est lancé
à plusieurs, on peut sans problème la laisser tomber!
- Vous trouverez sur le site du CADB
tous les fichiers audio "pour voir qu'est-ce que ça donne"
... c'est déjà ça !
Issue de secours n° 1
"Si tu es perdu(e), raccroche-toi à ce que tu entends !".
Il vaut mieux jouer la voix de l'autre groupe que de s'arrêter au
milieu de tout...
Issue de secours n° 2
Si une ligne du canon pose problème à l'un des musiciens,
il peut dans un premier temps se contenter de jouer en boucle (en "ostinato",
on dit, ça fait plus riche!) une ligne facile.